Du nord au sud - par Josée Durocher

Par Josée Durocher
- Autiste à plein temps -
DU NORD AU SUD  - PAR JOSÉE DUROCHER

J’aurais pu intituler cet article autrement, mais il y a comme une auto-censure qui s’est installée en moi au moment de choisir son titre. Effectivement, comment parler de son intimité globale en respectant sa pudeur, tout en étant explicite et en ne choquant pas le lecteur ?


Je l’ai déjà dit, apprendre mon autisme en recevant mon diagnostic est venu expliquer toute ma vie. Ma peur maladive des médecins ainsi que cette pudeur, maladive aussi, qui m’empêche même trop souvent de consulter.


Mais trêve de dentelle ! Je vais foncer… je fonce ! Mon titre aurait très bien pu être du dentiste à l’urologue, car cela résumerait ma semaine !


Le dentiste


Je ne sais pas pour vous, mais j’ai l’hypersensibilité à « high » quand vient le temps d’une visite chez le dentiste. D’abord, le simple fait qu’un autre être humain mette ses doigts dans ma bouche me donne la nausée. Ensuite, j’ai mal, même lors d’un nettoyage et, pour terminer le tout, ma peur ne va qu’en augmentant. Donc plus le temps passe, plus j’ai peur.


C’est pour cause d’une extraction de molaire en urgence que j’ai rencontré ma nouvelle dentiste. Du coup, je me suis empressée de lui dire que j’étais Asperger. Pas pour m’en plaindre, non, mais plutôt pour qu’elle sache à qui elle avait affaire.


Comme beaucoup d’Asperger, je suis hypersensible et, si les soins en dentisterie ne sont pas une chose populaire dans la population en général, chez moi, c’est complètement l’horreur. Tout me fait mal : l’éclairage, les sons et les odeurs. Même la pâte à dent du marché n’est pas un super bon « match » avec moi, alors j’utilise de la pâte à dent pour enfant à saveur de gomme à mâcher.


Demain, mon rendez-vous aura lieu à midi précisément. Je tente de me préparer mentalement tant bien que mal. Ce soir, ce sera relaxation, cohérence cardiaque et méditation, vous pouvez en être certain !


S’il est vrai qu’un simple nettoyage m’est pénible parce que ça me fait souffrir, imaginez ce qu’une intervention plus sérieuse me fait vivre…


Mais n’allez pas croire que tous les autistes sont comme moi. Ce n’est pas le cas. Par exemple, mon fils, Asperger également, ne ressent presque pas de douleur, si bien qu’il est souvent trop tard lorsqu’il s’en rend compte. Le mal est déjà fait.


Lui, il n’a pas peur du dentiste. Oh que non! L’an passé, il s’est fait arracher les quatre dents de sagesse en une intervention et n’a même pas eu mal. Dans notre cas, aussi bien dire que le fruit est tombé loin, très loin, de l’arbre quant à la douleur !


L’urologue


Plus tard dans la semaine, j’ai un rendez-vous avec un médecin spécialisé en urologie. La belle affaire ! On passera du nord au sud en quelques jours à peine. Et moi, j’aurai probablement l’air de la fille en décalage horaire !


Je vais vous le dire comme ça sort : perdre sa culotte devant un médecin m’horripile au plus haut point !


C’est que je ne l’ai jamais rencontré cet homme et je dois lui exposer une problématique plutôt inquiétante. Je sais, je me répète, que ce sera un acte médical. Mais bon sang que ma pudeur en prend pour son rhume !


Je suis stressée, angoissée, anxieuse. Je suis tout ce qui peut se rapporter à une très grande nervosité. Mais je n’irai pas seule. Oh que non ! C’est accompagnée que j’irai à la rencontre avec l’urologue et, foi de moi, que personne ne me dise que c’est impossible sinon je vais faire une crise.


Je suis timide à l’occasion, mais cela serait suffisant pour chasser toute timidité chez moi. Mon accompagnatrice sera tout près de moi, j’en fais le serment. Mais je ne me leurre pas, je serai tout de même nerveuse.


Normalement, une visite médicale où je dois être auscultée m’est très anxiogène. Je tremble, je bégaie, j’ai « l’air fou » ce faisant. J’ai beau noter ce que je dois raconter au médecin ou au spécialiste, les mots défilent devant mes yeux sans que je puisse les prononcer adéquatement. J’ai l’air d’une petite fille qui ne sait pas encore s’exprimer correctement.


Il faut dire que le simple fait de me faire toucher dans ces cas-là me met en état de choc, comme si j’étais un cheval qui se placerait un peu trop près de la clôture électrifiée le maintenant dans son pré. Comme dit souvent mon fils : la sensation du toucher est violente, puisqu’elle reste longtemps après que j’aie été touchée.


Et là, l’urologue. Vous devinez bien où il me touchera ! J’angoisse à cette seule idée et plus le temps passe, plus j’approche de ce moment fatidique et je donnerais tout ce que j’ai pour éviter la chose.


Finalement Du nord au sud est un bon titre, non ? Je vais sûrement avoir chaud plus que jamais cette semaine et c’est assez pour que j’en perde le nord !


Crédit photo : pixabay.com